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Apoline

Bien longtemps avant qu’Apoline n’apparaisse de manière étonnante et fracassante dans mon existence, l’enfant que j’étais n’avait aucun attrait pour les clowns. Quant à la rare faveur d’une bonne conduite, mes parents m’emmenaient sous le chapiteau de la famille Knie, je n’avais de cesse de m’extasier devant les acrobates, d’applaudir les trapézistes et de frémir en apercevant les fauves… C’est en maugréant que j’attendais la fin des prestations, trop nombreuses à mon goût, de ces clowns ridicules qui enchaînaient de navrantes maladresses. Dans mes yeux d’enfant, un artiste devait briller, devait être beau, et par-dessus tout susciter mon envie. Dès lors, comment imaginer, l’espace d’un instant, pouvoir désirer être ce bonhomme malhabile, pathétique et bien souvent laid ?

C’est assez troublant de réaliser qu’à cette époque si lointaine, Apoline était déjà là, tapie au fond de moi… comment pouvait-il en être autrement ? Maintenant que je la connais, je suis persuadée qu’alors déjà elle existait, comme une minuscule lumière au fond d’un puits ; dans l’obscurité de mon inexpérience, elle attendait que le moment soit venu.

Puis ma vie m’a aspirée… toujours attirée par la beauté extérieure, je me suis logiquement orientée vers un métier permettant de mettre les êtres en valeur en leur offrant de magnifiques crinières ondulantes et flamboyantes, mais j’ai réalisé très rapidement le manque de profondeur de cette activité. Je me suis pourtant orientée à nouveau dans la vente de rêves tout faits, prêts à l’emploi, dans des hôtels de luxe, puis dans une clinique où l’on soignait le mal de vivre de toute une génération née avec trop d’argent et pas assez d’envie. J’ai dans la foulée et sans grand enthousiasme épousé un ami d’enfance, avec comme unique et essentielle condition qu’il m’offre les enfants tant désirés.

Voilà, j’ai bientôt 40 ans, deux magnifiques fillettes indisciplinées, capricieuses et adorables, une belle maison, un mari aimant et un vide absolu au creux de mon ventre. Est-il possible que, telle une belle au bois dormant des temps modernes, je me sois endormie sur moi-même et sur tous ces rêves qui m’habitaient ? Et cette brillance en surface, tant convoitée, ne s’est-elle pas muée en éclat que je veux désormais intérieur, profond, intense et transcendant ? J’ai soif de changement, je suis avide de partage, je veux vibrer, me sentir vivante… libre ! La tempête qui couvait à l’intérieur de mon être est sur le point d’entamer sa course folle et elle va, sans discernement, éparpiller dix ans de ma vie. Tout le monde est indemne, mais plus rien n’est comme avant.

Me voilà devant une grande page blanche avec une irrépressible envie de colorier mes découvertes avec des nuances toutes nouvelles…

Une tempête est passée et plus rien n’est pareil… il faut trouver d’autres matériaux pour reconstruire. Je regarde ces résidants de mon établissement que j’affectionne tant  - de loin et surtout sans trop les « toucher » - et soudain j’en veux plus ! Trois clins d’œil à mon patron et me voilà à Estavayer chez Auguste où dans la joie, la douleur et la stupeur je donnerai vie à cette Apoline qui n’en pouvait décidément plus d’attendre. L’avoir trouvée m’aide dans ma vie de tous les jours et je l’aime tant qu’il me faudrait mille et une pages pour la décrire et mille et une nuits, que pour l’instant je n’ai pas. Je peux juste vous dire qu’elle est comme je l’ai rêvée : aimante, authentique, souriante, généreuse, drôle et surtout, surtout tellement imparfaite, maladroite, gauche et même un peu moche ! Mais Apoline s’aime et elle sème l’amour autour d’elle. 



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